L’histoire du fauteuil club

Le fauteuil club fait partie de ces meubles qu’on reconnaît au premier coup d’œil, avant même de s’y asseoir. Né dans les fumoirs feutrés du début du XXᵉ siècle, il a traversé les modes là où tant d’autres sièges ont pris un coup de vieux. Près d’un siècle plus tard, on le croise aussi bien dans un salon haussmannien que dans un loft rénové ou une bibliothèque de campagne. On vous déroule son histoire décennie par décennie, pour comprendre ce qui fait cette longévité rare.

L'histoire du fauteuil Club jusqu'à aujourd'hui

L’histoire du fauteuil Club jusqu’à aujourd’hui

Aux origines : un siège venu des clubs anglais

L’ancêtre du club voit le jour dans les gentlemen’s clubs britanniques, vers la fin du XIXᵉ siècle. On y cherche un siège où l’on s’enfonce, un verre ou un cigare à la main : assise profonde, dossier enveloppant, accotoirs de bois et garnissage de tissu, bien plus rembourré que les fauteuils droits de l’époque.

Le basculement se joue de ce côté de la Manche. En habillant ce modèle de cuir, souvent de la basane de mouton, les artisans français lui donnent sa signature et créent ce qu’on appelle vraiment le fauteuil club. Une paternité partagée, donc : dessin anglais, peau française.

Le fauteuil club et l’Art nouveau

À la charnière des deux siècles, alors que les styles historiques dominent encore les ateliers, une génération d’artistes veut rompre avec la copie du passé. Ils inventent un vocabulaire tourné vers le vivant : lignes courbes, arabesques, motifs végétaux, jeux d’asymétrie. Cet Art nouveau irrigue d’abord l’architecture et la décoration d’intérieur, avant de déteindre sur le club, dont la silhouette se fait plus souple et plus travaillée.

Le tournant Art déco

Autour de 1910, l’Art nouveau s’essouffle et laisse place à l’Art déco, un mouvement qui tire son nom de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 et connaît son âge d’or dans les années 1920. Le club, longtemps désigné comme « fauteuil confortable », y gagne une allure plus graphique : les accotoirs, jadis pleins et arrondis comme des obus, s’affinent et prennent de la hauteur. Les lignes se redressent, le galbe s’assagit, et le meuble s’orne de boiseries rares, de quelques perles et de franges discrètes.

Années 1930-1940 : le dossier s’incline

La forme continue de se chercher. Le dossier, jusque-là droit ou bombé, s’incline vers l’arrière, tandis que sa partie haute dessine une accolade. Ce creux n’est pas qu’un détail esthétique : il offre un vrai appui pour la nuque, ce qui explique en partie le succès du modèle à cette période. Plusieurs variantes prennent leur nom de cette courbe, comme le « Moustache », le « Chapeau de Gendarme » ou le « Parisien », qui restent aujourd’hui des repères pour les collectionneurs.

Des années 1950 aux seventies : couleur et audace

Porté par la vague vintage, le club se met à la couleur et adopte de nouveaux revêtements : simili, skaï, microfibre. On voit apparaître des versions plus larges, plus opulentes, et même des formes inattendues comme l’assise en trèfle. Les clous se raréfient sur les modèles courants, mais le clou tapissier reste la marque des pièces les plus soignées. Bon indice, d’ailleurs, quand on chine un club de cette époque : une rangée de clous bien alignée et un cuir patiné sans craquelures trahissent une fabrication de qualité.

Le fauteuil club aujourd’hui

Le club n’a jamais cessé d’évoluer. On le trouve désormais dans une multitude de formes, de tailles, de teintes et de matières, y compris en version deux ou trois places avec l’arrivée du canapé club. Côté revêtement, le choix est large : tissu, velours, simili, cuir de vachette. Les puristes, eux, continuent de plébisciter la basane, ce cuir de mouton souple qui prend une patine incomparable avec les années. Un critère concret avant d’acheter : un club en cuir pleine fleur pèse volontiers 30 à 40 kg, signe d’une carcasse en bois massif et d’un garnissage généreux, à l’opposé des modèles légers habillés de simili.